Si vous deviez faire un pitch court ("elevator pitch") du modèle face à un néophyte, comment résumeriez-vous le modèle ? Pour dissiper toute la confusion autour des termes à la mode, nous allons vulgariser et résumer le principe même du coworking en cinq grands piliers inébranlables.
1. La rupture totale de la solitude
C'est le mal du siècle de l'indépendant ou du télétravailleur chronique : la solitude. Travailler seul depuis son salon en pyjama, entouré par son chat et par son canapé, cela fonctionne très bien ! Du moins, les trois premiers mois. Au bout d'un certain temps, le besoin de lien social professionnel devient critique.
L'un des principes de base du coworking, tel qu'il a été pensé dans les années 2000, était d'inventer la "machine à croiser des collègues" sans pour autant posséder le "même patron". On s'installe, on dit bonjour à son voisin de poste, on échange avec le Community Manager. C'est l'essence d'un bon équilibre psychologique.
2. Le dogme de l'économie circulaire (La Mutualisation)
Plutôt que d'avoir dix petites entreprises avec chacune leur propre petite imprimante d'entrée de gamme, pourquoi ne pas s'offrir ensemble l'imprimante A3 couleur industrielle ultramoderne ? Voilà le deuxième pilier.
Le coworking défini en tant qu'industrie immobilière, c'est l'économie d'échelle : le partage des frais d'électricité, de la fibre haut débit, de la machine à expresso et du mobilier premium. On bénéficie avec des petits budgets d'une structure luxueuse digne des standards d'un grand groupe du CAC 40. Un pur effet de mutualisation dans ce modèle d'espace de travail partagé.
3. Des synergies professionnelles naturelles
Si vous lisez attentivement les guides expliquant comment fonctionne le coworking au quotidien, vous découvrirez que les business locaux tournent à plein régime au sein même de ces quatre murs. Un consultant comptable qui cowork au quotidien trouvera aisément des clients parmi les porteurs de projets dans la pièce d'à côté. C'est un mini écosystème économique où les premiers clients sont souvent les "voisins de bureau".
4. La Flexibilité du "Zéro Engagement" (ou presque)
Combien de Start-Ups se sont écroulées à cause d'un loyer démesuré bloqué pour 3 ans ? Le principe contractuel du coworking pulvérise le fameux bail commercial 3/6/9. Ici, l'abonnement mensuel (SaaS, mais pour l'immobilier "BaaS") est de mise. L'entreprise qui démarre louera une place ou deux. Si la croissance devient soudaine (hyper-croissance), le fondateur peut demander demain matin un plateau de 20 bureaux. Inversement, en cas de crise majeure, on peut réduire la voilure.
5. Une délimitation claire entre vie privée et métier
La table du salon et la chaise de cuisine (ou, pire, le lit pour les plus audacieux) ne constituent pas des bureaux fonctionnels. Sortir de chez soi, enfiler un vêtement spécifique pour l'extérieur, prendre un mode de transport (même 10 minutes à vélo) pour se rendre au "travail" opère un switch psychologique qui décuple la performance.
Le cerveau acte qu'il entre dans une zone de travail pur. À l'inverse, à 18h, lorsque l'on franchit le pas de la porte pour rentrer chez soi, c'est la "fin de journée" et le travail est véritablement resté à sa place.